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Romances sans paroles

Romances sans paroles
ARIETTES OUBLIÉES
1
1> Le vent dans la plaine
2> Suspend son haleine.
3> — Favart.
4C’est l’extase langoureuse,
5C’est la fatigue amoureuse,
6C’est tous les frissons des bois
7Parmi l’étreinte des brises,
8C’est, vers les ramures grises,
9Le chœur des petites voix.
10O le frêle et frais murmure !
11Cela gazouille et susurre (susure),
12Cela ressemble au cri doux
13Que l’herbe agitée expire…
14Tu dirais, sous l’eau qui vire,
15Le roulis sourd des cailloux.
16Cette âme qui se lamente
17En cette plainte dormante,
18C’est la nôtre, n’est-ce pas ?
19La mienne, dis, et la tienne,
20Dont s’exhale l’humble antienne
21Par ce tiède soir, tout bas ?
2
22Je devine, à travers un murmure,
23Le contour subtil des voix anciennes
24Et dans les lueurs musiciennes,
25Amour pâle, une aurore future !
26Et mon âme et mon cœur en délires
27Ne sont plus qu’une espèce d’œil double
28Où tremblote à travers un jour trouble
29L’ariette, hélas ! de toutes lyres !
30O mourir de cette mort seulette
31Que s’en vont, cher amour qui t’épeures
32Balançant jeunes et vieilles heures !
33O mourir de cette escarpolette !
3
34> Il pleut doucement sur la ville.
35> — Arthur Raimbaud.
36Il pleure dans mon cœur
37Comme il pleut sur la ville,
38Quelle est cette langueur
39Qui pénètre mon cœur ?
40O bruit doux de la pluie
41Par terre et sur les toits !
42Pour un cœur qui s’ennuie,
43O le chant de la pluie !
44Il pleure sans raison
45Dans ce cœur qui s’écœure.
46Quoi ! nulle trahison ?
47Ce deuil est sans raison.
48C’est bien la pire peine
49De ne savoir pourquoi,
50Sans amour et sans haine,
51Mon cœur a tant de peine !
4
52Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses.
53De cette façon nous serons bien heureuses,
54Et si notre vie a des instants moroses,
55Du moins nous serons, n’est-ce pas ? deux pleureuses.
56O que nous mêlions, âmes sœurs que nous sommes,
57A nos vœux confus la douceur puérile
58De cheminer loin des femmes et des hommes,
59Dans le frais oubli de ce qui nous exile.
60Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles
61Éprises de rien et de tout étonnées,
62Qui s’en vont pâlir sous les chastes charmilles
63Sans même savoir qu’elles sont pardonnées.
5
64> Son joyeux, importun d’un clavecin sonore.
65> — Pétrus Borel.
66Le piano que baise une main frêle
67Luit dans le soir rose et gris vaguement,
68Tandis qu’avec un très léger bruit d’aile
69Un air bien vieux, bien faible et bien charmant,
70Rôde discret, épeuré quasiment,
71Par le boudoir longtemps parfumé d’Elle.
72Qu’est-ce que c’est que ce berceau soudain
73Qui lentement dorlote (dorlotte) mon pauvre être ?
74Que voudrais-tu de moi, doux chant badin ?
75Qu’as-tu voulu, fin refrain incertain
76Qui va tantôt mourir vers la fenêtre
77Ouverte un peu sur le petit jardin ?
6
78C’est le chien de Jean de Nivelle
79Qui mord sous l’œil même du guet
80Le chat de la mère Michel ;
81François-les-bas-bleus s’en égaie.
82La lune à l’écrivain public
83Dispense sa lumière obscure
84Où Médor avec Angélique
85Verdissent sur le pauvre mur.
86Et voici venir La Ramée
87Sacrant en bon soldat du Roi.
88Sous son habit blanc mal famé
89Son cœur ne se tient pas de joie !
90Car la boulangère… — Elle ? — Oui dame !
91Bernant Lustucru, son vieil homme,
92A tantôt couronné sa flamme…
93Enfants, Dominus vobiscum !
94Place ! en sa longue robe bleue
95Toute en satin qui fait frou-frou,
96C’est une impure, palsembleu !
97Dans sa chaise qu’il faut qu’on loue,
98Fût-on philosophe ou grigou,
99Car tant d’or s’y relève en bosse,
100Que ce luxe insolent bafoue
101Tout le papier de monsieur Loss !
102Arrière, robin crotté ! place,
103Petit courtaud, petit abbé,
104Petit poète jamais las
105De la rime non attrapée !
106Voici que la nuit vraie arrive…
107Cependant jamais fatigué
108D’être inattentif et naïf ?
109François-les-bas-bleus s’en égaie.
7
110O triste, triste était mon âme
111A cause, à cause d’une femme.
112Je ne me suis pas consolé
113Bien que mon cœur s’en soit allé,
114Bien que mon cœur, bien que mon âme
115Eussent fui loin de cette femme.
116Je ne me suis pas consolé
117Bien que mon cœur s’en soit allé.
118Et mon cœur, mon cœur trop sensible
119Dit à mon âme : Est-il possible,
120Est-il possible, — le fût-il, —
121Ce fier exil, ce triste exil ?
122Mon âme dit à mon cœur : Sais-je
123Moi-même, que nous veut ce piège
124D’être présents bien qu’exilés,
125Encore que loin en allés ?
8
126Dans l’interminable
127Ennui de la plaine,
128La neige incertaine
129Luit comme du sable.
130Le ciel est de cuivre
131Sans lueur aucune,
132On croirait voir vivre
133Et mourir la lune.
134Comme des nuées
135Flottent gris les chênes
136Des forêts prochaines
137Parmi les buées.
138Le ciel est de cuivre
139Sans lueur aucune.
140On croirait voir vivre
141Et mourir la lune.
142Corneille poussive
143Et vous les loups maigres,
144Par ces bises aigres
145Quoi donc vous arrive ?
146Dans l’interminable
147Ennui de la plaine,
148La neige incertaine
149Luit comme du sable.
9
150> Le rossignol, qui du haut d’une branche se regarde dedans,
151> croit être tombé dans la rivière. Il est au sommet d’un chêne et
152> toutefois il a peur de se noyer.
153> — Cyrano de Bergerac.
154L’ombre des arbres dans la rivière embrumée
155Meurt comme de la fumée,
156Tandis qu’en l’air, parmi les ramures réelles,
157Se plaignent les tourterelles.
158Combien, ô voyageur, ce paysage blême
159Te mira blême toi-même,
160Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées
161Tes espérances noyées ?
162Mai, juin 1872.
PAYSAGES BELGES
163> « Conquestes du Roy. »
164> (Vieilles estampes.)
WALCOURT
165Briques et tuiles,
166O les charmants
167Petits asiles
168Pour les amants !
169Houblons et vignes,
170Feuilles et fleurs,
171Tentes insignes
172Des francs buveurs !
173Guinguettes claires,
174Bières, clameurs,
175Servantes chères
176A tous fumeurs !
177Gares prochaines,
178Gais chemins grands…
179Quelles aubaines,
180Bons juifs errants !
181Juillet 1873
CHARLEROI
182Dans l’herbe noire
183Les Kobolds vont.
184Le vent profond
185Pleure, on veut croire.
186Quoi donc se sent ?
187L’avoine siffle.
188Un buisson gifle (giffle)
189L’œil au passant.
190Plutôt des bouges
191Que des maisons.
192Quels horizons
193De forges rouges !
194On sent donc quoi ?
195Des gares tonnent,
196Les yeux s’étonnent,
197Où Charleroi ?
198Parfums sinistres ?
199Qu’est-ce que c’est ?
200Quoi bruissait
201Comme des sistres ?
202Sites brutaux !
203Oh ! votre haleine,
204Sueur humaine,
205Cris des métaux !
206Dans l’herbe noire
207Les Kobolds vont.
208Le vent profond
209Pleure, on veut croire.
BRUXELLES — SIMPLES FRESQUES
1
210La fuite est verdâtre et rose
211Des collines et des rampes,
212Dans un demi-jour de lampes
213Qui vient brouiller toute chose.
214L’or sur les humbles abîmes,
215Tout doucement s’ensanglante,
216Des petits arbres sans cimes,
217Où quelque oiseau faible chante.
218Triste à peine tant s’effacent
219Ces apparences d’automne.
220Toutes mes langueurs rêvassent,
221Que berce l’air monotone.
2
222L’allée est sans fin
223Sous le ciel, divin
224D’être pâle ainsi !
225Sais-tu qu’on serait
226Bien sous le secret
227De ces arbres-ci ?
228Des messieurs bien mis,
229Sans nul doute amis
230Des Royers-Collards,
231Vont vers le château.
232J’estimerais beau
233D’être ces vieillards.
234Le château, tout blanc
235Avec, à son flanc,
236Le soleil couché.
237Les champs à l’entour…
238Oh ! que notre amour
239N’est-il là niché !
240Estaminet du Jeune Renard, août 1872.
CHEVAUX DE BOIS
241> Par Saint-Gille,
242> Viens-nous-en,
243> Mon agile Alezan.
244> — V. Hugo.
245Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
246Tournez cent tours, tournez mille tours,
247Tournez souvent et tournez toujours,
248Tournez, tournez au son des hautbois.
249Le gros soldat, la plus grosse bonne
250Sont sur vos dos comme dans leur chambre ;
251Car, en ce jour, au bois de la Cambre,
252Les maîtres sont tous deux en personne.
253Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,
254Tandis qu’autour de tous vos tournois
255Clignote (Clignotte) l’œil du filou sournois,
256Tournez au son du piston vainqueur.
257C’est ravissant comme ça vous soûle
258D’aller ainsi dans ce cirque bête !
259Bien dans le ventre et mal dans la tête,
260Du mal en masse et du bien en foule.
261Tournez, tournez, sans qu’il soit besoin
262D’user jamais de nuls éperons,
263Pour commander à vos galops ronds,
264Tournez, tournez, sans espoir de foin.
265Et dépêchez, chevaux de leur âme,
266Déjà, voici que la nuit qui tombe
267Va réunir pigeon et colombe,
268Loin de la foire et loin de madame.
269Tournez, tournez ! le ciel en velours
270D’astres en or se vêt lentement.
271Voici partir l’amante et l’amant.
272Tournez au son joyeux des tambours.
273Champ de foire de Saint-Gilles, août 1872.
MALINES
274Vers les prés le vent cherche noise
275Aux girouettes, détail fin
276Du château de quelque échevin,
277Rouge de brique et bleu d’ardoise,
278Vers les prés clairs, les prés sans fin…
279Comme les arbres des féeries
280Des frênes, vagues frondaisons,
281Échelonnent mille horizons
282A ce Sahara de prairies,
283Trèfle, luzerne et blancs gazons,
284Les wagons filent en silence
285Parmi ces sites apaisés.
286Dormez, les vaches ! Reposez,
287Doux taureaux de la plaine immense,
288Sous vos cieux à peine irisés !
289Le train glisse sans un murmure,
290Chaque wagon est un salon
291Où l’on cause bas et d’où l’on
292Aime à loisir cette nature
293Faite à souhait pour Fénelon.
294Août, 1872.
BIRDS IN THE NIGHT
295Vous n’avez pas eu toute patience,
296Cela se comprend par malheur, de reste.
297Vous êtes si jeune ! et l’insouciance,
298C’est le lot amer de l’âge céleste !
299Vous n’avez pas eu toute la douceur,
300Cela par malheur d’ailleurs se comprend ;
301Vous êtes si jeune, ô ma froide sœur,
302Que votre cœur doit être indifférent !
303Aussi me voici plein de pardons chastes,
304Non certes ! joyeux, mais très calme, en somme,
305Bien que je déplore, en ces mois néfastes,
306D’être, grâce à vous, le moins heureux homme.
307Et vous voyez bien que j’avais raison
308Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
309Que vos yeux, foyer de mes vieux espoirs,
310Ne couvaient plus rien que la trahison.
311Vous juriez alors que c’était mensonge
312Et votre regard qui mentait lui-même
313Flambait comme un feu mourant qu’on prolonge,
314Et de votre voix vous disiez : « Je t’aime ! »
315Hélas ! on se prend toujours au désir
316Qu’on a d’être heureux malgré la saison…
317Mais ce fut un jour plein d’amer plaisir,
318Quand je m’aperçus que j’avais raison !
319Aussi bien pourquoi me mettrai-je à geindre ?
320Vous ne m’aimez pas, l’affaire est conclue,
321Et, ne voulant pas qu’on ose se plaindre,
322Je souffrirai d’une âme résolue.
323Oui, je souffrirai, car je vous aimais !
324Mais je souffrirai comme un bon soldat
325Blessé, qui s’en va dormir à jamais,
326Plein d’amour pour quelque pays ingrat.
327Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
328Encor que de vous vienne ma souffrance,
329N’êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
330Aussi jeune, aussi folle que la France ?
331Or, je ne veux pas, — le puis-je d’abord ?
332Plonger dans ceci mes regards mouillés.
333Pourtant mon amour que vous croyez mort
334A peut-être enfin les yeux dessillés.
335Mon amour qui n’est que ressouvenance,
336Quoique sous vos coups il saigne et qu’il pleure
337Encore et qu’il doive, à ce que je pense,
338Souffrir longtemps jusqu’à ce qu’il en meure,
339Peut-être a raison de croire entrevoir
340En vous un remords qui n’est pas banal.
341Et d’entendre dire, en son désespoir,
342A votre mémoire : ah ! fi ! que c’est mal !
343Je vous vois encor. J’entr’ouvris la porte.
344Vous étiez au lit comme fatiguée.
345Mais, ô corps léger que l’amour emporte,
346Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.
347O quels baisers, quels enlacements fous !
348J’en riais moi-même à travers mes pleurs.
349Certes, ces instants seront entre tous
350Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.
351Je ne veux revoir de votre sourire
352Et de vos bons yeux en cette occurrence
353Et de vous, enfin, qu’il faudrait maudire,
354Et du piège exquis, rien que l’apparence
355Je vous vois encor ! En robe d’été
356Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
357Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
358Du plus délirant de tous nos tantôts,
359La petite épouse et la fille aînée
360Était reparue avec la toilette,
361Et c’était déjà notre destinée
362Qui me regardait sous votre voilette.
363Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela
364Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,
365En mon souvenir qui vous cajola,
366L’éclair de côté que coulait votre œil.
367Par instants, je suis le pauvre navire
368Qui court démâté parmi la tempête,
369Et ne voyant pas Notre-Dame luire
370Pour l’engouffrement en priant s’apprête.
371Par instants, je meurs la mort du pécheur
372Qui se sait damné s’il n’est confessé,
373Et, perdant l’espoir de nul confesseur,
374Se tord dans l’Enfer qu’il a devancé.
375O mais ! par instants, j’ai l’extase rouge
376Du premier chrétien, sous la dent rapace,
377Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
378Un poil de sa chair, un nerf de sa face !
379Bruxelles-Londres. — Septembre-octobre 1872.
AQUARELLES
GREEN
380Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,
381Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous.
382Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
383Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.
384J’arrive tout couvert encore de rosée
385Que le vent du matin vient glacer à mon front.
386Souffrez que ma fatigue, à vos pieds reposée,
387Rêve des chers instants qui la délasseront.
388Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
389Toute sonore encore de vos derniers baisers ;
390Laissez là s’apaiser de la bonne tempête,
391Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
SPLEEN
392Les roses étaient toutes rouges,
393Et les lierres étaient tout noirs.
394Chère, pour peu que tu te bouges,
395Renaissent tous mes désespoirs.
396Le ciel était trop bleu, trop tendre,
397La mer trop verte et l’air trop doux.
398Je crains toujours, — ce qu’est d’attendre
399Quelque fuite atroce de vous.
400Du houx à la feuille vernie
401Et du luisant buis je suis las,
402Et de la campagne infinie
403Et de tout, fors de vous, hélas !
STREETS
1
404Dansons la gigue !
405J’aimais surtout ses jolis yeux,
406Plus clairs que l’étoile des cieux,
407J’aimais ses yeux malicieux.
408Dansons la gigue !
409Elle avait des façons vraiment
410De désoler un pauvre amant,
411Que c’en était vraiment charmant !
412Dansons la gigue !
413Mais je trouve encor meilleur
414Le baiser de sa bouche en fleur,
415Depuis qu’elle est morte à mon cœur.
416Dansons la gigue !
417Je me souviens, je me souviens
418Des heures et des entretiens,
419Et c’est le meilleur de mes biens.
420Dansons la gigue !
421SOHO.
2
422O la rivière dans la rue !
423Fantastiquement apparue
424Derrière un mur haut de cinq pieds,
425Elle roule sans un murmure
426Sans onde opaque et pourtant pure,
427Par les faubourgs pacifiés.
428La chaussée est très large, en sorte
429Que l’eau jaune comme une morte
430Dévale ample et sans nuls espoirs
431De rien refléter que la brume,
432Même alors que l’aurore allume
433Les cottages jaunes et noirs.
434PADDINGTON.
CHILD WIFE
435Vous n’avez rien compris à ma simplicité,
436Rien, ô ma pauvre enfant !
437Et c’est avec un front éventé, dépité,
438Que vous fuyez devant.
439Vos yeux qui ne devaient refléter que douceur,
440Pauvre cher bleu miroir,
441Ont pris un ton de fiel, ô lamentable sœur,
442Qui nous fait mal à voir.
443Et vous gesticulez avec vos petit-bras
444Comme un héros méchant,
445En poussant d’aigres cris poitrinaires, hélas !
446Vous qui n’étiez que chant !
447Car vous avez eu peur de l’orage et du cœur
448Qui grondait et sifflait,
449Et vous bêlâtes avec votre mère — ô douleur ! —
450Comme un triste agnelet.
451Et vous n’avez pas su la lumière et l’honneur
452D’un amour brave et fort,
453Joyeux dans le malheur, grave dans le bonheur,
454Jeune jusqu’à la mort !
A POOR YOUNG SHEPHERD
455J’ai peur d’un baiser
456Comme d’une abeille.
457Je souffre et je veille
458Sans me reposer.
459J’ai peur d’un baiser !
460Pourtant j’aime Kate
461Et ses yeux jolis.
462Elle est délicate,
463Aux longs traits pâlis.
464Oh ! que j’aime Kate !
465C’est saint Valentin !
466Je dois et je n’ose
467Lui dire au matin…
468La terrible chose
469Que saint Valentin !
470Elle m’est promise,
471Fort heureusement !
472Mais quelle entreprise
473Que d’être un amant
474Près d’une promise !
475J’ai peur d’un baiser
476Comme d’une abeille.
477Je souffre et je veille
478Sans me reposer :
479J’ai peur d’un baiser !
BEAMS
480Elle voulut aller sur les flots de la mer,
481Et comme un vent bénin soufflait une embellie,
482Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie,
483Et nous voilà marchant par le chemin amer.
484Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse,
485Et dans ses cheveux blonds c’étaient des rayons d’or,
486Si bien que nous suivions son pas plus calme encor
487Que le déroulement des vagues, ô délice !
488Des oiseaux blancs volaient alentour mollement.
489Et des voiles au loin s’inclinaient toutes blanches.
490Parfois de grands varechs filaient en longues branches,
491Nos pieds glissaient d’un pur et large mouvement.
492Elle se retourna, doucement inquiète
493De ne nous croire pas pleinement rassurés ;
494Mais nous voyant joyeux d’être ses préférés,
495Elle reprit sa route et portait haut sa tête.
496Douvres-Ostende, à bord de la « Comtesse-de-Flandre ». 4 Avril 1873.