C
Fêtes galantes
Paul Verlaine · 1869
≡
Fêtes galantes
CLAIR DE LUNE
1
Votre âme est un paysage choisi
2
Que vont charmants masques et bergamasques
3
Jouant du luth et dansant et quasi
4
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
5
Tout en chantant sur le mode mineur
6
L’amour vainqueur et la vie opportune,
7
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
8
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
9
Au calme clair de lune triste et beau,
10
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
11
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
12
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.
PANTOMIME
13
Pierrot qui n’a rien d’un Clitandre
14
Vide un flacon sans plus attendre,
15
Et, pratique, entame un pâté.
16
Cassandre au fond de l’avenue,
17
Verse une larme méconnue.
18
Sur son neveu déshérité.
19
Ce faquin d’Arlequin combine
20
L’enlèvement de Colombine
21
Et pirouette quatre fois.
22
Colombine rêve, surprise
23
De sentir un cœur dans la brise
24
Et d’entendre en son cœur des voix.
SUR L’HERBE
25
L’abbé divague. — Et toi, marquis,
26
Tu mets de travers ta perruque.
27
— Ce vieux vin de Chypre est exquis
28
Moins, Camargo, que votre nuque.
29
— Ma flamme… — Do, mi, sol, la, si.
30
— L’abbé, ta noirceur se dévoile.
31
— Que je meure, mesdames, si
32
Je ne vous décroche une étoile.
33
— Je voudrais être petit chien !
34
— Embrassons nos bergères, l’une
35
Après l’autre. — Messieurs, eh bien ?
36
— Do, mi, sol. — Hé ! bonsoir, la Lune !
L’ALLÉE
37
Fardée et peinte comme au temps des bergeries,
38
Frêle parmi les nœuds énormes de rubans,
39
Elle passe, sous les ramures assombries,
40
Dans l’allée où verdit la mousse des vieux bancs,
41
Avec mille façons et mille afféteries
42
Qu’on garde d’ordinaire aux perruches chéries.
43
Sa longue robe à queue est bleue, et l’éventail
44
Qu’elle froisse en ses doigts fluets aux larges bagues
45
S’égaie en des sujets érotiques, si vagues
46
Qu’elle sourit, tout en rêvant, à maint détail.
47
— Blonde en somme. Le nez mignon avec la bouche
48
Incarnadine, grasse, et divine d’orgueil
49
Inconscient. — D’ailleurs plus fine que la mouche
50
Qui ravive l’éclat un peu niais de l’œil.
À LA PROMENADE
51
Le ciel si pâle et les arbres si grêles
52
Semblent sourire à nos costumes clairs
53
Qui vont flottant légers avec des airs
54
De nonchalance et des mouvements d’ailes.
55
Et le vent doux ride l’humble bassin.
56
Et la lueur du soleil qu’atténue
57
L’ombre des bas tilleuls de l’avenue
58
Nous parvient bleue et mourante à dessein.
59
Trompeurs exquis et coquettes charmantes,
60
Cœurs tendres mais affranchis du serment,
61
Nous devisons délicieusement,
62
Et les amants lutinent les amantes
63
De qui la main imperceptible sait
64
Parfois donner un soufflet qu’on échange
65
Contre un baiser sur l’extrême phalange
66
Du petit doigt, et comme la chose est
67
Immensément excessive et farouche,
68
On est puni par un regard très sec,
69
Lequel contraste au demeurant avec
70
La moue assez clémente de la bouche.
DANS LA GROTTE
71
Là, je me tue à vos genoux !
72
Car ma détresse est infinie,
73
Et la tigresse épouvantable d’Hyrcanie
74
Est une agnelle au prix de vous.
75
Oui, céans, cruelle Clymène,
76
Ce glaive qui, dans maints combats,
77
Mit tant de Scipions et de Cyrus à bas,
78
Va finir ma vie et ma peine !
79
Ai-je même besoin de lui
80
Pour descendre aux Champs-Élysées ?
81
Amour perça-t-il pas de flèches aiguisées
82
Mon cœur, dès que votre œil m’eût lui ?
LES INGÉNUS
83
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
84
En sorte que, selon le terrain et le vent,
85
Parfois luisaient des bas de jambe, trop souvent
86
Interceptés ! — et nous aimions ce jeu de dupes.
87
Parfois aussi le dard d’un insecte jaloux
88
Inquiétait le col des belles sous les branches
89
Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches
90
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
91
Le soir tombait, un soir équivoque d’automne :
92
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
93
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
94
Que notre âme depuis ce temps tremble et s’étonne.
CORTÈGE
95
Un singe en veste de brocart
96
Trotte et gambade devant elle
97
Qui froisse un mouchoir de dentelle
98
Dans sa main gantée avec art,
99
Tandis qu’un négrillon tout rouge
100
Maintient à tour de bras les pans
101
De sa lourde robe en suspens
102
Attentif à tout pli qui bouge ;
103
Le singe ne perd pas des yeux
104
La gorge blanche de la dame.
105
Opulent trésor que réclame
106
Le torse nu de l’un des dieux ;
107
Le négrillon parfois soulève
108
Plus haut qu’il ne faut, l’aigrefin,
109
Son fardeau somptueux, afin
110
De voir ce dont la nuit il rêve ;
111
Elle va par les escaliers,
112
Et ne paraît pas davantage
113
Sensible à l’insolent suffrage
114
De ses animaux familiers.
LES COQUILLAGES
115
Chaque coquillage incrusté
116
Dans la grotte où nous nous aimâmes
117
À sa particularité.
118
L’un a la pourpre de nos âmes
119
Dérobée au sang de nos cœurs
120
Quand je brûle et que tu t’enflammes ;
121
Cet autre affecte tes langueurs
122
Et tes pâleurs alors que, lasse,
123
Tu m’en veux de mes yeux moqueurs ;
124
Celui-ci contrefait la grâce
125
De ton oreille, et celui-là
126
Ta nuque rose, courte et grasse ;
127
Mais un, entre autres, me troubla.
EN PATINANT
128
Nous fûmes dupes, vous et moi,
129
De manigances mutuelles,
130
Madame, à cause de l’émoi
131
Dont l’Été férut nos cervelles.
132
Le Printemps avait bien un peu
133
Contribué, si ma mémoire
134
Est bonne, à brouiller notre jeu,
135
Mais que d’une façon moins noire !
136
Car au printemps l’air est si frais
137
Qu’en somme les roses naissantes
138
Qu’Amour semble entr’ouvrir exprès
139
Ont des senteurs presque innocentes ;
140
Et même les lilas ont beau
141
Pousser leur haleine poivrée
142
Dans l’ardeur du soleil nouveau :
143
Cet excitant au plus récrée,
144
Tant le zéphir souffle, moqueur,
145
Dispersant l’aphrodisiaque
146
Effluve, en sorte que le cœur
147
Chôme et que même l’esprit vaque,
148
Et qu’émoustillés, les cinq sens
149
Se mettent alors de la fête,
150
Mais seuls, tout seuls, bien seuls et sans
151
Que la crise monte à la tête.
152
Ce fut le temps, sous de clairs ciels,
153
(Vous en souvenez-vous, Madame ?)
154
Des baisers superficiels
155
Et des sentiments à fleur d’âme,
156
Exempts de folles passions,
157
Pleins d’une bienveillance amène.
158
Comme tous deux nous jouissions
159
Sans enthousiasme — et sans peine !
160
Heureux instants ! — mais vint l’Été :
161
Adieu, rafraîchissantes brises !
162
Un vent de lourde volupté
163
Investit nos âmes surprises.
164
Des fleurs aux calices vermeils
165
Nous lancèrent leurs odeurs mûres,
166
Et partout les mauvais conseils
167
Tombèrent sur nous des ramures.
168
Nous cédâmes à tout cela,
169
Et ce fut un bien ridicule
170
Vertigo qui nous affola
171
Tant que dura la canicule.
172
Rires oiseux, pleurs sans raisons,
173
Mains indéfiniment pressées,
174
Tristesses moites, pâmoisons,
175
Et quel vague dans les pensées !
176
L’automne heureusement, avec
177
Son jour froid et ses bises rudes,
178
Vint nous corriger, bref et sec,
179
De nos mauvaises habitudes,
180
Et nous induisit brusquement
181
En l’élégance réclamée
182
De tout irréprochable amant
183
Comme de toute digne aimée…
184
Or c’est l’Hiver, Madame, et nos
185
Parieurs tremblent pour leur bourse,
186
Er déjà les autres traîneaux
187
Osent nous disputer la course.
188
Les deux mains dans votre manchon.
189
Tenez-vous bien sur la banquette
190
Et filons ! — et bientôt Fanchon
191
Nous fleurira quoi qu’on caquette !
FANTOCHES
192
Scaramouche et Pulcinella
193
Qu’un mauvais dessein rassembla
194
Gesticulent, noirs sur la lune.
195
Cependant l’excellent docteur
196
Bolonais cueille avec lenteur
197
Des simples parmi l’herbe brune
198
Lors sa fille, piquant minois,
199
Sous la charmille, en tapinois,
200
Se glisse demi-nue, en quête
201
De son beau pirate espagnol
202
Dont un langoureux rossignol
203
Clame la détresse à tue-tête.
CYTHÈRE
204
Un pavillon à claires-voies
205
Abrite doucement nos joies
206
Qu’éventent des rosiers amis ;
207
L’odeur des roses, faible, grâce
208
Au vent léger d’été qui passe,
209
Se mêle aux parfums qu’elle a mis ;
210
Comme ses yeux l’avaient promis
211
Son courage est grand et sa lèvre
212
Communique une exquise fièvre ;
213
Et l’Amour comblant tout, hormis
214
La Faim, sorbets et confitures
215
Nous préservent des courbatures.
EN BATEAU
216
L’étoile du berger tremblote
217
Dans l’eau plus noire et le pilote
218
Cherche un briquet dans sa culotte.
219
C’est l’instant, Messieurs, ou jamais,
220
D’être audacieux, et je mets
221
Mes deux mains partout désormais !
222
Le chevalier Atys qui gratte
223
Sa guitare, à Chloris l’ingrate
224
Lance une œillade scélérate.
225
L’abbé confesse bas Églé,
226
Et ce vicomte déréglé
227
Des champs donne à son cœur la clé.
228
Ce pendant la lune se lève
229
Et l’esquif en sa course brève
230
File gaîment sur l’eau qui rêve.
LE FAUNE
231
Un vieux faune de terre cuite
232
Rit au centre des boulingrins.
233
Présageant sans doute une suite
234
Mauvaise à ces instants sereins
235
Qui m’ont conduit et t’ont conduite
236
Mélancoliques pèlerins,
237
Jusqu’à cette heure dont la fuite
238
Tournoie au son des tambourins.
MANDOLINE
239
Les donneurs de sérénades
240
Et les belles écouteuses
241
Échangent des propos fades
242
Sous les ramures chanteuses.
243
C’est Tircis et c’est Aminte,
244
Et c’est l’éternel Clitandre,
245
Et c’est Damis qui pour mainte
246
Cruelle fait maint vers tendre.
247
Leurs courtes vestes de soie,
248
Leurs longues robes à queues,
249
Leur élégance, leur joie
250
Et leurs molles ombres bleues
251
Tourbillonnent dans l’extase
252
D’une lune rose et grise,
253
Et la mandoline jase
254
Parmi les frissons de brise.
À CLYMÈNE
255
Mystiques barcarolles,
256
Romances sans paroles,
257
Chère puisque tes yeux.
258
Couleur des cieux,
259
Puisque ta voix, étrange
260
Vision qui dérange
261
Et trouble l’horizon
262
De ma raison,
263
Puisque l’arôme insigne
264
De ta pâleur de cygne
265
Et puisque la candeur
266
De ton odeur.
267
Ah ! puisque tout ton être,
268
Musique qui pénètre,
269
Nimbes d’anges défunts,
270
Tons et parfums,
271
A sur d’almes cadences
272
En ses correspondances
273
Induit mon cœur subtil,
274
Ainsi soit-il !
LETTRE
275
Éloigné de vos yeux, Madame, par des soins
276
Impérieux (j’en prends tous les dieux à témoins),
277
Je languis et je meurs, comme c’est ma coutume
278
En pareil cas, et vais, le cœur plein d’amertume.
279
À travers des soucis où votre ombre me suit,
280
Le jour dans mes pensers, dans mes rêves la nuit,
281
Et la nuit et le jour adorable, Madame !
282
Si bien qu’enfin, mon corps faisant place à mon âme,
283
Je deviendrai fantôme à mon tour aussi, moi,
284
Et qu’alors, et parmi le lamentable émoi
285
Des enlacements vains et des désirs sans nombre,
286
Mon ombre se fondra à jamais en votre ombre.
287
En attendant, je suis, très chère, ton valet.
288
Tout se comporte-t-il là-bas comme il te plaît,
289
Ta perruche, ton chat, ton chien ? La compagnie
290
Est-elle toujours belle, et cette Silvanie
291
Dont j’eusse aimé l’œil noir si le tien n’était bleu,
292
Et qui parfois me fit des signes, palsambleu !
293
Te sert-elle toujours de douce confidente ?
294
Or, Madame, un projet impatient me hante
295
De conquérir le monde et tous ses trésors pour
296
Mettre à vos pieds ce gage — indigne — d’un amour
297
Égal à toutes les flammes les plus célèbres
298
Qui des grands cœurs aient fait resplendir les ténèbres.
299
Cléopâtre fut moins aimée, oui, sur ma foi !
300
Par Marc-Antoine et par César que vous par moi,
301
N’en doutez pas, Madame, et je saurai combattre
302
Comme César pour un sourire, ô Cléopâtre,
303
Et comme Antoine fuir au seul prix d’un baiser.
304
Sur ce, très chère, adieu. Car voilà trop causer,
305
Et le temps que l’on perd à lire une missive
306
N’aura jamais valu la peine qu’on l’écrive.
LES INDOLENTS
307
Bah ! malgré les destins jaloux,
308
Mourons ensemble, voulez-vous ?
309
— La proposition est rare.
310
Le rare est le bon. Donc mourons
311
Comme dans les Décamérons.
312
— Hi ! hi ! hi ! quel amant bizarre !
313
— Bizarre, je ne sais. Amant
314
Irréprochable, assurément.
315
Si vous voulez, mourons ensemble ?
316
— Monsieur, vous raillez mieux encor
317
Que vous n’aimez, et parlez d’or ;
318
Mais taisons-nous, si bon vous semble ? —
319
Si bien que ce soir-là Tircis
320
Et Dorimène, à deux assis
321
Non loin de deux silvains hilares,
322
Eurent l’inexpiable tort
323
D’ajourner une exquise mort.
324
Hi ! hi ! hi ! les amants bizarres !
COLOMBINE
325
Léandre le sot,
326
Pierrot qui d’un saut
327
De puce
328
Franchit le buisson,
329
Cassandre sous son
330
Capuce,
331
Arlequin aussi,
332
Cet aigrefin si
333
Fantasque
334
Aux costumes fous,
335
Ses yeux luisants sous
336
Son masque,
337
— Do, mi, sol, mi, la,
338
Tout ce monde va,
339
Rit, chante
340
Et danse devant
341
Une belle enfant
342
Méchante
343
Dont les yeux pervers
344
Comme les yeux verts
345
Des chattes
346
Gardent ses appas
347
Et disent : « À bas
348
Les pattes ! »
349
— Eux ils vont toujours !
350
Fatidique cours
351
Des astres,
352
Oh ! dis-moi vers quels
353
Mornes ou cruels
354
Désastres
355
L’implacable enfant,
356
Preste et relevant
357
Ses jupes,
358
La rose au chapeau,
359
Conduit son troupeau
360
De dupes ?
L’AMOUR PAR TERRE
361
Le vent de l’autre nuit a jeté bas l’Amour
362
Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc,
363
Souriait en bandant malignement son arc,
364
Et dont l’aspect nous fit tant songer tout un jour !
365
Le vent de l’autre nuit l’a jeté bas ! Le marbre
366
Au souffle du matin tournoie, épars. C’est triste
367
De voir le piédestal, où le nom de l’artiste
368
Se lit péniblement parmi l’ombre d’un arbre,
369
Oh ! c’est triste de voir debout le piédestal
370
Tout seul ! et des pensers mélancoliques vont
371
Et viennent dans mon rêve où le chagrin profond
372
Évoque un avenir solitaire et fatal.
373
Oh ! c’est triste ! — Et toi-même, est-ce pas ? es touchée
374
D’un si dolent tableau, bien que ton œil frivole
375
S’amuse au papillon de pourpre et d’or qui vole
376
Au-dessus des débris dont l’allée est jonchée.
EN SOURDINE
377
Calmes dans le demi-jour
378
Que les branches hautes font,
379
Pénétrons bien notre amour
380
De ce silence profond.
381
Fondons nos âmes, nos cœurs
382
Et nos sens extasiés,
383
Parmi les vagues langueurs
384
Des pins et des arbousiers.
385
Ferme tes yeux à demi,
386
Croise tes bras sur ton sein,
387
Et de ton cœur endormi
388
Chasse à jamais tout dessein.
389
Laissons-nous persuader
390
Au souffle berceur et doux
391
Qui vient à tes pieds rider
392
Les ondes de gazon roux.
393
Et quand, solennel, le soir
394
Des chênes noirs tombera,
395
Voix de notre désespoir,
396
Le rossignol chantera.
COLLOQUE SENTIMENTAL
397
Dans le vieux parc solitaire et glacé
398
Deux formes ont tout à l’heure passé.
399
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
400
Et l’on entend à peine leurs paroles.
401
Dans le vieux parc solitaire et glacé
402
Deux spectres ont évoqué le passé.
403
— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
404
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?
405
— Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
406
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.
407
— Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
408
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.
409
Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
410
L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
411
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
412
Et la nuit seule entendit leurs paroles.