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La Petite Roque — en 20 minutes

La Petite Roque — en 20 minutes
1
La Petite Roque (1886) rassemble dix nouvelles où Maupassant fait alterner la Normandie des fermes et des futaies avec les rivages de la Méditerranée. Pour chacune, voici un fil d’extraits fidèles au texte de Maupassant, cousus de brèves liaisons.

La petite Roque
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Un matin de juillet, le facteur Médéric Rompel coupe par la futaie de M. Renardet, maire de Carvelin.
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Soudain, il s’arrêta net, comme s’il se fût heurté contre une barre de bois ; car, à dix pas devant lui, gisait, étendu sur le dos, un corps d’enfant, tout nu, sur la mousse. C’était une petite fille d’une douzaine d’années. Elle avait les bras ouverts, les jambes écartées, la face couverte d’un mouchoir. Un peu de sang maculait ses cuisses.
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Qu’était-ce que cela ? Elle dormait, sans doute ? Puis il réfléchit qu’on ne dort pas ainsi tout nu, à sept heures et demie du matin, sous des arbres frais. Alors elle était morte ; et il se trouvait en présence d’un crime. À cette idée, un frisson froid lui courut dans les reins, bien qu’il fût un ancien soldat. Et puis c’était chose si rare dans le pays, un meurtre, et le meurtre d’une enfant encore, qu’il n’en pouvait croire ses yeux. Mais elle ne portait aucune blessure, rien que ce sang figé sur sa jambe. Comment donc l’avait-on tuée ?
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Il court prévenir le maire.
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Le maire demanda : « Qu’y a-t-il donc, Médéric ?
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– J’ai trouvé une p’tite fille morte sous vot’ futaie. »
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Renardet se dressa, le visage couleur de brique :
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« Vous dites... Une petite fille ?
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– Oui, m’sieu, une p’tite fille, toute nue, sur le dos, avec du sang, morte, bien morte ! »
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Le maire jura : « Nom de Dieu ; je parie que c’est la petite Roque. On vient de me prévenir qu’elle n’était pas rentrée hier soir chez sa mère. À quel endroit l’avez-vous découverte ? »
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Sous les arbres, le docteur Labarbe examine le corps.
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Il palpait le cou : « Étranglée avec les mains sans laisser d’ailleurs aucune trace particulière, ni marque d’ongle, ni empreinte de doigt. Très bien. C’est la petite Roque, en effet. »
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La mère accourt.
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C’était la mère, la Roque. Dès qu’elle aperçut Renardet, elle se mit à hurler : « Ma p’tite, ous qu’est ma p’tite ? » tellement affolée qu’elle ne regardait point par terre. Elle la vit tout à coup, s’arrêta net, joignit les mains et leva ses deux bras en poussant une clameur aiguë et déchirante, une clameur de bête mutilée.
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Le lendemain, la mère trouve sur son seuil les deux petits sabots de l’enfant, rapportés dans la nuit. L’enquête dure tout l’été, en vain.
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Mais cet assassinat semblait avoir ému le pays entier d’une façon singulière. Il était resté aux âmes des habitants une inquiétude, une vague peur, une sensation d’effroi mystérieux, venue non seulement de l’impossibilité de découvrir aucune trace, mais aussi et surtout de cette étrange trouvaille des sabots devant la porte de la Roque, le lendemain. La certitude que le meurtrier avait assisté aux constatations, qu’il vivait encore dans le village, sans doute, hantait les esprits, les obsédait, paraissait planer sur le pays comme une incessante menace.
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À l’automne, le maire fait abattre sa futaie. Devant le hêtre qui ombragea le crime, il attend la chute du colosse, tout près du tronc.
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Ce fut tout à coup, dans le pied de la haute colonne de bois, un déchirement qui sembla courir jusqu’au sommet comme une secousse douloureuse ; et elle s’inclina un peu, prête à tomber, mais résistant encore. Les hommes, excités, roidirent leurs bras, donnèrent un effort plus grand ; et comme l’arbre, brisé, croulait, soudain Renardet fit un pas en avant, puis s’arrêta, les épaules soulevées pour recevoir le choc irrésistible, le choc mortel qui l’écraserait sur le sol.
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Mais le hêtre, ayant un peu dévié, lui frôla seulement les reins, le rejetant sur la face à cinq mètres de là.
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Rentré chez lui, il enfonce le canon d’un revolver dans sa bouche — et n’ose pas tirer. Après dîner, il remonte s’enfermer.
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Dès qu’il s’y fut enfermé, il regarda sous son lit, ouvrit toutes ses armoires, explora tous les coins, fouilla tous les meubles. Il alluma ensuite les bougies de sa cheminée, et, tournant plusieurs fois sur lui-même, parcourant de l’œil tout l’appartement avec une angoisse d’épouvante qui lui crispait la face, car il savait bien qu’il allait la voir, comme toutes les nuits, la petite Roque, la petite fille qu’il avait violée, puis étranglée.
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Chaque nuit, sa pensée lui fait recommencer le jour du meurtre : venu se baigner dans la Brindille, il avait surpris l’enfant nue dans l’eau.
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Elle resta debout, quelques secondes, derrière le saule qui le cachait. Alors, perdant toute raison, il ouvrit les branches, se rua sur elle et la saisit dans ses bras. Elle tomba, trop effarée pour résister, trop épouvantée pour appeler, et il la posséda sans comprendre ce qu’il faisait.
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L’enfant pleure, hurle en se tordant pour s’échapper.
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Il comprit brusquement qu’il était perdu ; et il la saisit par le cou pour arrêter dans sa bouche ces clameurs déchirantes et terribles. Comme elle continuait à se débattre avec la force exaspérée d’un être qui veut fuir la mort, il ferma ses mains de colosse sur la petite gorge gonflée de cris, et il l’eut étranglée en quelques instants, tant il serrait furieusement, sans qu’il songeât à la tuer, mais seulement pour la faire taire.
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Il cache les hardes, égare la justice. Mais bientôt, la nuit, sa fenêtre l’attire invinciblement.
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Tout était noir, et il se mit sur son coude pour tâcher de distinguer sa fenêtre qui l’attirait toujours, invinciblement. À force de chercher à voir, il aperçut quelques étoiles ; et il se leva, traversa sa chambre à tâtons, trouva les carreaux avec ses mains étendues, appliqua son front dessus. Là-bas, sous les arbres, le corps de la fillette luisait comme du phosphore, éclairant l’ombre autour de lui !
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À bout, il écrit au juge une lettre où il avoue tout, la jette à la boîte, et monte sur sa tour pour se précipiter au passage du facteur. Mais dans l’aurore glacée, la vie le ressaisit : il court réclamer sa lettre à Médéric, qui refuse.
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L’autre allait toujours, sans répondre. Renardet reprit : « Je ferai votre fortune... vous entendez, ce que vous voudrez... Cinquante mille francs... Cinquante mille francs pour cette lettre... Qu’est-ce que ça vous fait ?... Vous ne voulez pas ?... Eh bien ! cent mille... dites... cent mille francs... comprenez-vous ? cent mille francs... cent mille francs. »
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Le facteur se retourna, la face dure, l’œil sévère : « En voilà assez, ou bien je répéterai à la justice tout ce que vous venez de me dire là. »
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Renardet s’arrêta net. C’était fini. Il n’avait plus d’espoir. Il se retourna et se sauva vers sa maison, galopant comme une bête chassée.
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Bientôt, en effet, la haute taille de Renardet apparut au sommet de la tour du Renard. Il courait autour de la plate-forme comme un fou ; puis il saisit le mât du drapeau et le secoua avec fureur sans parvenir à le briser, puis soudain, pareil à un nageur qui pique une tête, il se lança dans le vide, les deux mains en avant.
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Médéric s’élança pour porter secours. En traversant le parc, il aperçut les bûcherons allant au travail. Il les héla en leur criant l’accident ; et ils trouvèrent au pied des murs un corps sanglant dont la tête s’était écrasée sur une roche. La Brindille entourait cette roche, et sur ses eaux élargies en cet endroit, claires et calmes, on voyait couler un long filet rose de cervelle et de sang mêlés.

L’épave
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Un 31 décembre, Georges Garin raconte : vingt ans plus tôt, inspecteur d’assurances, il fut envoyé sur l’île de Ré constater l’échouage du trois-mâts Marie-Joseph. À marée basse, il marche vers l’épave.
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Elle gisait sur le flanc, crevée, brisée, montrant, comme les côtes d’une bête, ses os rompus, ses os de bois goudronné, percés de clous énormes. Le sable déjà l’avait envahie, entré par toutes les fentes, et il la tenait, la possédait, ne la lâcherait plus. Elle paraissait avoir pris racine en lui. L’avant était entré profondément dans cette plage douce et perfide, tandis que l’arrière, relevé, semblait jeter vers le ciel, comme un cri d’appel désespéré, ces deux mots blancs sur le bordage noir : Marie-Joseph.
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Dans la cale, il entend soudain des voix : un Anglais et ses trois filles, venus dessiner l’épave. Il cause avec l’aînée — puis perçoit un léger bruit.
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Je prêtai l’oreille ; et je distinguai aussitôt un léger bruit, singulier, continu. Qu’était-ce ? Je me levai pour aller regarder par la fente, et je poussai un cri violent. La mer nous avait rejoints ; elle allait nous entourer !
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Prisonniers de l’épave dans la nuit qui tombe, ils se serrent les uns contre les autres tandis que le vent se lève.
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Tout à coup, il me dit, par-dessus les têtes de ses filles, avec une souveraine gravité :
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– Môsieu, je vous souhaite bon année.
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Il était minuit. Je lui tendis ma main, qu’il serra ; puis il prononça une phrase d’anglais, et soudain ses filles et lui se mirent à chanter le God save the Queen, qui monta dans l’air noir, dans l’air muet, et s’évapora à travers l’espace.
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Une barque les recueille enfin. Deux ans plus tard, une lettre de New York apprend à Garin que la jeune fille est mariée.
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Et, depuis lors, nous nous écrivons tous les ans, au 1er janvier. Elle me raconte sa vie, me parle de ses enfants, de ses sœurs, jamais de son mari ! Pourquoi ? Ah ! pourquoi ?... Et, moi, je ne lui parle que du Marie-Joseph... C’est peut-être la seule femme que j’aie aimée... non... que j’aurais aimée... Ah !... voilà... sait-on ?... Les événements vous emportent... Et puis... et puis... tout passe. Elle doit être vieille, à présent... Je ne la reconnaîtrais pas... Ah ! celle d’autrefois... celle de l’épave... quelle créature divine ! Elle m’écrit que ses cheveux sont tout blancs... Mon Dieu !... ça m’a fait une peine horrible... Ah ! ses cheveux blonds !... Non, la mienne n’existe plus... Que c’est triste... tout ça !... »

L’ermite
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Près de Cannes, sur le mont des Serpents, vit un solitaire aux cheveux blancs. Un soir, il raconte le soir de ses quarante ans : une brasserie du quartier Latin, une serveuse toute jeune qu’il emmène chez elle.
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Comme j’allais partir, je m’avançai vers la cheminée afin d’y déposer le cadeau réglementaire, après avoir pris jour pour une seconde entrevue avec la fillette, qui demeurait au lit ; je vis vaguement une pendule sous globe, deux vases de fleurs et deux photographies dont l’une, très ancienne, une de ces épreuves sur verre appelées daguerréotypes. Je me penchai, par hasard, vers ce portrait, et je demeurai interdit, trop surpris pour comprendre... C’était le mien, le premier de mes portraits... que j’avais fait faire autrefois, quand je vivais en étudiant au quartier Latin.
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Je demandai : « Qu’est-ce que c’est que ce monsieur-là ? »
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Elle répondit : « C’est mon père, que je n’ai pas connu. Maman me l’a laissé en me disant de le garder, que ça me servirait peut-être un jour... »
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J’avais fait, sans le vouloir, sans le savoir, pis que ces êtres ignobles. J’étais entré dans la couche de ma fille !
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Un notaire confirme l’aveu fait par la mère à son lit de mort. L’homme fait remettre à sa fille la moitié de sa fortune et fuit Paris.
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Quand je revins l’année suivante, l’homme n’était plus sur le mont des Serpents ; et je n’ai jamais entendu parler de lui.
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Voilà l’histoire de mon ermite.

Mademoiselle Perle
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Quelle singulière idée j’ai eue, vraiment, ce soir-là, de choisir pour reine Mlle Perle !
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Chaque année, le narrateur fête les Rois chez les Chantal. Cette fois, la fève tombe dans sa part de gâteau : il doit choisir une reine.
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Mais tout à coup, j’eus une inspiration, et je tendis à Mlle Perle la poupée symbolique. Tout le monde fut d’abord surpris, puis on apprécia sans doute ma délicatesse et ma discrétion, car on applaudit avec furie. On criait : « Vive la reine ! vive la reine »
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Alors, pour la première fois de ma vie, je regardai Mlle Perle, et je me demandai ce qu’elle était.
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Au billard, M. Chantal raconte : quarante et un ans plus tôt, un soir d’Épiphanie enseveli sous la neige, une cloche sonna trois fois à la porte ; on trouva dans la plaine un chien attaché à une petite voiture où dormait un bébé.
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Voilà donc comment Mlle Perle entra, à l’âge de six semaines, dans la maison Chantal.
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L’enfant, baptisée Claire, grandit dans la famille ; la mère de Chantal l’appelait une perle, une vraie perle — le nom lui resta. Chantal poursuit, parti dans ses souvenirs.
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Il reprit, au bout d’une minute : « Cristi, qu’elle était jolie à dix-huit ans... et gracieuse... et parfaite... Ah ! la jolie... jolie... jolie... et bonne... et brave... et charmante fille !... Elle avait des yeux... des yeux bleus... transparents... clairs... comme je n’en ai jamais vu de pareils... Jamais ! »
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Et, une curiosité hardie me poussant tout à coup, je prononçai :
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« C’est vous qui auriez dû l’épouser, monsieur Chantal ? »
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Il lâcha la bille qu’il tenait de la main gauche, saisit à deux mains le linge à craie, et, s’en couvrant le visage, se mit à sangloter dedans.
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Redescendu au salon, le narrateur rejoint la vieille demoiselle.
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Et je lui dis tout bas, comme font les enfants qui cassent un bijou pour voir dedans : « Si vous aviez vu pleurer M. Chantal tout à l’heure, il vous aurait fait pitié. »
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Elle tressaille, très émue, demande pourquoi.
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– Oui. Il me racontait combien il vous avait aimée autrefois ; et combien il lui en avait coûté d’épouser sa femme au lieu de vous...
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Sa figure pâle me parut s’allonger un peu ; ses yeux toujours ouverts, ses yeux calmes se fermèrent tout à coup, si vite qu’ils semblaient s’être clos pour toujours. Elle glissa de sa chaise sur le plancher et s’y affaissa doucement, lentement, comme aurait fait une écharpe tombée.
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Le narrateur s’enfuit, le cœur secoué.
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Je me demandais : « Ai-je eu tort ? Ai-je eu raison ? » Ils avaient cela dans l’âme comme on garde du plomb dans une plaie fermée.

Rosalie Prudent
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Il y avait vraiment dans cette affaire un mystère que ni les jurés, ni le président, ni le procureur de la République lui-même ne parvenaient à comprendre.
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La fille Prudent (Rosalie), bonne chez les époux Varambot, de Mantes, devenue grosse à l’insu de ses maîtres, avait accouché, pendant la nuit, dans sa mansarde, puis tué et enterré son enfant dans le jardin.
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Or elle avait cousu un trousseau complet, prévenu la sage-femme, cherché une place : elle voulait garder son fils. Aux assises, elle parle enfin : le père est le neveu de ses maîtres ; l’accouchement l’a surprise seule, la nuit — et après le premier enfant, un second survient.
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je l’ai pris comme le premier, et puis je l’ai mis sur le lit, côte à côte – deux. – Est-ce possible, dites ? Deux enfants ! Moi qui gagne vingt francs par mois ! Dites... est-ce possible ! Un, oui, ça s’peut, en se privant... mais pas deux ! Ça m’a tourné la tête. Est-ce que je sais, moi ? – J’pouvais-t-il choisir, dites ?
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J’ai mis l’oreiller d’sus, sans savoir... Je n’pouvais pas en garder deux... et je m’suis couchée d’sus encore.
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La moitié des jurés se mouchaient coup sur coup pour ne point pleurer. Des femmes sanglotaient dans l’assistance.
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La fille Rosalie Prudent fut acquittée.

Sur les chats
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Cap d’Antibes. Un gros chat blanc saute sur les genoux de l’écrivain.
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J’ai plaisir à les toucher, à faire glisser sous ma main leur poil soyeux qui craque, à sentir leur chaleur dans ce poil, dans cette fourrure fine, exquise. Rien n’est plus doux, rien ne donne à la peau une sensation plus délicate, plus raffinée, plus rare que la robe tiède et vibrante d’un chat. Mais elle me met aux doigts, cette robe vivante, un désir étrange et féroce d’étrangler la bête que je caresse.
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Des femmes aussi nous donnent cette sensation, des femmes charmantes, douces, aux yeux clairs et faux, qui nous ont choisis pour se frotter à l’amour. Près d’elles, quand elles ouvrent les bras, les lèvres tendues, quand on les étreint, le cœur bondissant, quand on goûte la joie sensuelle et savoureuse de leur caresse délicate, on sent bien qu’on tient une chatte, une chatte à griffes et à crocs, une chatte perfide, sournoise, amoureuse ennemie, qui mordra quand elle sera lasse de baisers.
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Une nuit, au château des Quatre-Tours, le dormeur sent contre sa joue quelque chose de chaud et de doux — la porte pourtant fermée à clef.
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Quand je contai mon aventure (pas en entier) à mon aimable hôte, il se mit à rire, et me dit : « Il est venu par la chattière », et soulevant un rideau il me montra, dans le mur, un petit trou noir et rond.

Sauvée
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Elle entra comme une balle qui crève une vitre, la petite marquise de Rennedon, et elle se mit à rire avant de parler, à rire aux larmes comme elle avait fait un mois plus tôt, en annonçant à son amie qu’elle avait trompé le marquis pour se venger, rien que pour se venger, et rien qu’une fois, parce qu’il était vraiment trop bête et trop jaloux.
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– De mon mari, ma chère, sauvée ! Délivrée ! libre ! libre ! libre !
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– Comment libre ? En quoi ?
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– En quoi ! Le divorce ! Oui, le divorce ! je tiens le divorce !
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Son plan : engager une fausse femme de chambre, choisie pour ressembler à la maîtresse du mari, jusqu’au parfum.
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– Oh ! Madame, c’est le huitième divorce que je fais ; j’y suis habituée.
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Au jour dit, à cinq heures, parents, juge et concierge sont massés sur la pointe des pieds derrière la porte de la chambre.
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Et puis... et puis, au moment où la pendule commence à sonner, pan, j’ouvre la porte toute grande... Ah ! ah ! ah ! ça y était en plein... en plein ma chère... Oh ! quelle tête !... si tu avais vu sa tête ! Et il s’est retourné... l’imbécile ! Ah ! qu’il était drôle ! je riais, je riais.
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Et elle se mit à danser au milieu du salon, tandis que la petite baronne, songeuse et contrariée, murmurait : « Pourquoi ne m’as-tu pas invitée à voir ça ? »

Madame Parisse
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Devant Antibes au couchant, M. Martini conte l’histoire d’une passante : Mme Parisse, mariée à un petit fonctionnaire ventru, aimée du commandant Jean de Carmelin.
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Comment s’aimèrent-ils ? Le sait-on ? Ils se rencontraient, ils se regardaient, et quand ils ne se voyaient plus, ils pensaient l’un à l’autre, sans doute.
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Le mari part quatre jours à Marseille ; elle promet enfin sa porte pour dix heures du soir. Mais au dîner…
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Au moment où il se mettait à table pour dîner on lui remit une autre enveloppe. Il trouva dedans ce télégramme : « Ma chérie, affaires terminées. Je rentre ce soir train neuf heures. – PARISSE. »
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Que ferait-il ? Certes, il la voulait, ce soir-là même, coûte que coûte ; et il l’aurait. Il l’aurait par tous les moyens, dût-il faire arrêter et emprisonner le mari. Soudain une idée folle lui traversa la tête.
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Il fait fermer les portes de la ville jusqu’à six heures du matin. M. Parisse, débarqué du train, trouve les baïonnettes croisées et passe la nuit à la gare.
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Les esprits, dans Antibes, étaient affolés. Les uns parlaient d’une surprise méditée par les Italiens, les autres d’un débarquement du prince impérial, d’autres encore croyaient à une conspiration orléaniste. On ne devina que plus tard la vérité quand on apprit que le bataillon du commandant était envoyé fort loin, et que M. de Carmelin avait été sévèrement puni.

Julie Romain
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Sur la route de Saint-Raphaël, une villa couverte de roses : la « Villa d’Antan ». Un cantonnier donne le nom de la propriétaire.
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Julie Romain ! Dans mon enfance, autrefois, j’avais tant entendu parler d’elle, de la grande actrice, la rivale de Rachel.
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Reçu par la vieille dame, sous les portraits du poète et du musicien qui l’adorèrent, il l’interroge. N’eût-elle pas été mieux aimée par un homme simple ?
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« Non, monsieur, non. Un autre m’aurait plus aimée peut-être, mais il ne m’aurait pas aimée comme ceux-là. Ah ! c’est qu’ils m’ont chanté la musique de l’amour, ceux-là, comme personne au monde ne la pourrait chanter ! Comme ils m’ont grisée ! Est-ce qu’un homme, un homme quelconque, trouverait ce qu’ils savaient trouver eux, dans les sons et dans les paroles ? Est-ce assez que d’aimer, si on ne sait pas mettre dans l’amour même toute la poésie et toute la musique du ciel et de la terre ? Et ils savaient, ceux-là, comment on rend folle une femme avec des chants et avec des mots ! Oui, il y avait peut-être dans notre passion plus d’illusion que de réalité ; mais ces illusions-là vous emportent dans les nuages, tandis que les réalités vous laissent toujours sur le sol. Si d’autres m’ont plus aimée, par eux seuls j’ai compris, j’ai senti, j’ai adoré l’amour ! »
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Après dîner, elle l’entraîne sous la véranda, devant l’allée d’orangers en pleine lune, et lui montre son spectacle secret.
104
Là-bas, au bout de l’allée, dans le sentier de lune, deux jeunes gens s’en venaient en se tenant par la taille. Ils s’en venaient, enlacés, charmants, à petits pas, traversant les flaques de lumière qui les éclairaient tout à coup et rentrant dans l’ombre aussitôt. Il était vêtu, lui, d’un habit de satin blanc, comme au siècle passé, et d’un chapeau couvert d’une plume d’autruche. Elle portait une robe à paniers et la haute coiffure poudrée des belles dames au temps du Régent.
105
Et je reconnus soudain les deux petits domestiques.

Le père Amable
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Césaire Houlbrèque veut épouser Céleste Lévesque, qui a eu un enfant de Victor Lecoq, un valet de ferme. Son vieux père sourd s’y refuse obstinément.
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La fille haussa les épaules, et d’un ton colère : « Pardi, tout l’monde le sait ben, qu’c’est à Victor. Et pi après ? j’ai fauté ! j’suis-ti la seule ? Ma mé aussi avait fauté, avant mé, et pi la tienne itou, avant d’épouser ton pé ! Qui ça qui n’a point fauté dans l’pays ? J’ai fauté avec Victor, vu qu’i m’a prise dans la grange comme j’dormais, ça, c’est vrai ; et pi j’ai r’fauté que je n’dormais point. J’l’aurais épousé pour sûr, n’eût-il point été un serviteur. J’suis-ti moins vaillante pour ça ? »
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L’homme dit simplement :
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« Mé, j’te veux ben telle que t’es, avec ou sans l’éfant. N’y a que mon pé qui m’oppose. J’verrons tout d’même à régler ça. »
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Alors le père s’était fâché. Pourquoi ? Par moralité ? Non sans doute. La vertu d’une fille n’a guère d’importance aux champs. Mais son avarice, son instinct profond, féroce, d’épargne, s’était révolté à l’idée que son fils élèverait un enfant qu’il n’avait pas fait lui-même. Il avait pensé tout à coup, en une seconde, à toutes les soupes qu’avalerait le petit avant de pouvoir être utile dans la ferme ; il avait calculé toutes les livres de pain, tous les litres de cidre que mangerait et que boirait ce galopin jusqu’à son âge de quatorze ans ; et une colère folle s’était déchaînée en lui contre Césaire qui ne pensait pas à tout ça.
111
L’abbé Raffin arrache le consentement du vieux. À la noce, mi-décembre, le père Amable, qui a simulé un tour de reins, surgit pourtant au repas.
112
Mais tout à coup il aperçut au bout de la table l’enfant de Céleste sur les genoux d’une femme, et son œil ne le quitta plus. Il continuait à manger, le regard attaché sur le petit, à qui sa gardienne mettait parfois entre les lèvres un peu de fricot qu’il mordillait. Et le vieux souffrait plus des quelques bouchées sucées par cette larve que de tout ce qu’avalaient les autres.
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Au printemps, Césaire s’épuise à la tâche ; une fluxion de poitrine l’emporte. Un matin, Céleste n’entend plus son souffle.
114
Elle étendit la main pour le toucher et rencontra la chair glacée de son visage. Elle poussa un grand cri, un long cri de femme épouvantée. Il était mort.
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À ce cri, le vieux sourd apparut au haut de son échelle ; et comme il vit Céleste s’élancer dehors pour chercher du secours, il descendit vivement, tâta à son tour la figure de son fils et, comprenant soudain, alla fermer la porte en dedans pour empêcher la femme de rentrer et reprendre possession de sa demeure, puisque son fils n’était plus vivant.
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Restée seule avec les terres, Céleste fait appel à Victor Lecoq. Le dimanche de l’assemblée, le vieux rentre de la fête à la nuit.
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Quand il fut devant sa porte, il crut voir par la fenêtre éclairée deux personnes dans la maison. Il s’arrêta, fort surpris, puis il entra et il aperçut Victor Lecoq assis devant la table, en face d’une assiette pleine de pommes de terre et qui soupait juste à la place de son fils.
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Après souper, le vieux ressort dans la cour. Une heure passe ; Céleste sort le chercher, la chandelle à la main.
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Mais, comme elle allait rentrer, elle leva par hasard les yeux vers le grand pommier qui abritait l’entrée de la ferme, et elle aperçut tout à coup deux pieds, deux pieds d’homme qui pendaient à la hauteur de son visage.
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Elle poussa des cris terribles : « Victor ! Victor ! Victor ! »
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Il accourut en chemise. Elle ne pouvait plus parler, et, tournant la tête pour ne pas voir, elle indiquait l’arbre de son bras tendu.
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Ne comprenant point, il prit la chandelle afin de distinguer, et il aperçut, au milieu des feuillages éclairés en dessous, le père Amable, pendu très haut par le cou au moyen d’un licol d’écurie.
123
Une échelle restait appuyée contre le tronc du pommier.
124
Victor courut chercher une serpe, grimpa dans l’arbre et coupa la corde. Mais le vieux était déjà froid, et il tirait la langue horriblement, avec une affreuse grimace.